Ce dimanche 27 avril a eu lieu la cérémonie du souvenir de la déportation. La première cérémonie du souvenir à laquelle j'ai participé en tant que Maire.
Pour la première fois depuis très longtemps, l'ensemble des associations d'anciens combattants a participé à la même cérémonie. Cette union, je l'ai souhaitée avec Christian Leblond, maire
adjoint aux anciens combattants. Une cérémonie émouvante. J'ai à l'occasion déposé une gerbe avec Christian Leblond au nom du conseil municipal et une autre avec ma grand- tante, Micheline
Altman, médaillée de la résistance, ancienne internée. Chevalière de la Légion d'Honneur. Beaucoup d'émotions.
Voici quelques passages du discours que j'ai prononcé:
"Cette année encore, la journée nationale de la déportation nous trouve
réunis pour rendre hommage et nous souvenir du martyr des victimes du plus grand crime jamais commis sur notre terre, pour évoquer leur mémoire et faire entendre « le murmure des morts sans
voix », selon l’expression de l’historienne Annette WIEVIORKA.
Dès janvier 1945, la libération des différents camps de la mort apportait
à l’humanité toute entière, terrorisée et effarée, les images insoutenables d’un massacre organisé et systématique de plusieurs millions d’individus au cœur de notre vieux continent dans les pays
occupés par l’Allemagne Nazie.
Qui parmi nous n’a pas gardé en mémoire ces convois d’êtres humains
entassés dans des wagons prévus pour le transport du bétail, ces files de gens apeurés qui n’étaient plus maîtres de leur destin, ces familles que les bourreaux disloquaient avec brutalité, avant
de les faire disparaître, de les anéantir ?
La « solution finale » minutieusement planifiée dans ses
moindres détails, au service d’une idéologie fondée sur la haine raciste, la pureté ethnique et la terreur, nous interroge sur notre civilisation, sur notre condition
d’homme.
(...)
Les crimes contre l’humanité commencent souvent par la confusion, le
mélange, l’amalgame et la volonté de faire porter à un groupe, à une collectivité, la prétendue responsabilité du malheur des autres.
Voilà pourquoi, depuis plus de 6 décennies désormais, notre République
institua cette journée d’avril pour nous souvenir et pour rappeler à nos concitoyens plus jeunes, ce que fut ce drame, qui en furent les malheureuses victimes et les auteurs
ignobles.
Face aux fantômes de tous ces innocents, par respect pour tous ceux qui
ont vécu l’horreur de la déportation, notre devoir et le seul hommage possible, c’est la mémoire, la vigilance et l’éveil.
Ainsi, partout dans le monde, à chaque fois qu’au loin on désigne une
communauté humaine ou religieuse comme étant coupable des difficultés que rencontrent une nation ou un peuple,
Chaque fois qu’une minorité innocente est
stigmatisée,
Chaque fois qu’on apprend que des listes de noms d’opposants politiques
sont rédigées,
Alors, cela doit réveiller les consciences, pour prévenir et éviter que
d’autres atrocités ne soient commises.
Sachons nous inspirer de l’attitude exemplaire, de la force qui animait
toutes celles et ceux, issus de toutes origines, qui durant l’occupation allemande firent tout leur possible pour venir au secours des juifs de France et des enfants en
particulier.
(...)
Aves la Résistance, ces milliers d’actes individuels ont sauvé l’honneur
de la France, mis à mal par le gouvernement de Vichy et la collaboration.
Si notre pays offre depuis maintenant plus de 60 ans le visage d’une
République apaisée, où les droits de l’homme sont en principe garantis, l’actualité vient régulièrement témoigner d’événements rappelant que rien dans ce domaine n’est jamais
acquis.
Discriminations, xénophobie et antisémitisme sont toujours
présents.
J’en veux pour preuve, la profanation
récente de 148 stèles du carré musulman de la nécropole nationale de Notre-dame de Lorette à Ablain-St-Nazaire dans le
Pas-de-Calais, le 6 avril dernier.
Pensons également à la tragédie qui se déroule depuis des mois au
Darfour.
La haine, le rejet de l’autre, le repli sur soi, sont autant de reculs et
d’atteintes à ce qui est l’âme de notre République.
Soyons vigilants, rigoureux et implacables face à toute dérive, toujours
disponibles pour rappeler et expliquer.
Une société ne se réveille pas du jour au lendemain dans la barbarie, mais
si elle s’y est installée, alors le pire est certain.
Quelle leçon de courage ont su nous donner ceux qui sont revenus, trop peu
nombreux hélas, de Tréblinka, de Dachau, de Bergen-Belsen ou d’Auschwitz en témoignant que l’horreur absolue peut exister, que l’homme dit civilisé est capable de créer des usines à torturer et à
anéantir.
Mais en même temps, ils nous assuraient aussi que dans l’enfer, ils ont
connu des camarades prêts à donner leur vie et à se sacrifier pour que d’autres en réchappent.
En cette journée nationale
du souvenir et de la déportation, je ne saurais terminer mon propos, sans évoquer la mémoire de Germaine TILLON, figure de la Résistance, déportée à Ravensbrück, qui s’est éteinte samedi
dernier.
(...)
Aujourd’hui, chacun d’entre nous espère naturellement ne plus connaître à
nouveau une telle folie et forme le vœu que nos enfants soient, à jamais, préservés d’une telle abomination.
Pour que ce vœu ait toutes les chances de s’accomplir, c’est désormais à
la jeune génération de reprendre le flambeau, d’entretenir cette mémoire et de se battre pour construire le monde le plus fraternel, le plus humain dont nous rêvons
tous.
Je souhaite que nos cérémonies soient le plus souvent ouvertes aux jeunes
générations en y associant les établissements scolaires.
L’avenir appartient à la jeunesse, faisons leur
confiance.
Elle le mérite et sait qu’elle pourra toujours compter sur notre soutien,
aussi souvent que cela sera nécessaire.