Dimanche 13 juillet 2008 7 13 /07 /Juil /2008 10:59

En emportant la ville du baron Maurice-Bokanowski, gaulliste depuis 60 ans !

 

Asnières : Le jeune socialiste Pietrasanta a refermé la fenêtre Aeschlimann

 

« Manu » a payé les années de braise avec Josiane FISCHER. Boutée du RPR, elle attendait son heure … Une alliance « contre nature » avec le MoDem Christian Leblond a fait le reste.

 

Son premier acte de nouveau maire d’Asnières le lundi matin suivant le 2nd tour des municipales ? Aller s’acheter des costumes et cravates. A 30 ans, dans la nuit du 16 au 17 mars dernier, Sébastien PIETRASANTA est passé dans la 3ème dimension : d’austère militant PS labourant le terrain depuis des années, conseiller régional proche de Julien Dray, prof d’histoire en lycée professionnel il fut celui qui fit trembler l’UMP en emportant une ville gaulliste depuis 60 ans. Celle d’un proche de Nicolas Sarkozy, Manuel Aeschlimann, qui se targuait d’être le « Monsieur opinion » du ministre d’Etat candidat à la présidentielle. Aujourd’hui le soleil s’est couché sur la galaxie Aeschlimann. Les temps sont loin quand Nicolas Sarkozy, de passage à Asnières, louait « Manu » pour sa fidélité indéfectible. Mais « Manu » a fait les frais d’années de tensions exacerbées avec ses anciens colistiers des années 99-2000, dont Josiane Fischer, ex-RPR. Celle-ci attendait son heure, patiemment. L’occasion était trop belle de bouter les époux Aeschlimann hors de l’exécutif municipal en cette année 2008. Sébastien Pietrasanta n’a pas boudé une alliance « contre nature » à laquelle s’est joint le MoDem, Christian Leblond . Le trio victorieux a monté les marches de la mairie bras dessus bras dessous. Les dégringoleront-ils en s’empoignant dans quelques années ? Le jeune homme qui occupe le bureau boisé du maire aura-t’il la peau assez dure pour ne pas se faire croquer par ses alliés d’entre deux tours ? Car Asnières avec ses 85000 habitants et dont le nombre augmente à chaque recensement sera l’une des villes phares de la boucle Nord et l’objet dune revanche pour l’UMP. Manuel Aeschlimann, en opposant blessé, repart à la conquête. N’a-t’il pas laissé dans le bureau du Maire qu’il a pris soin de vider de tout dossier, un cactus ? Sébastien Pietrasanta s’est empressé de le remplacer par une plante verte … Tout un symbole des changements survenus à Asnières en deux mois.        

Jean-Pierre Dubois

 

Première Heure : Dans la campagne des municipales, à quel moment avez-vous perçu la victoire possible ?


        
Sébastien Pietrasanta : Dès que j’ai été élu par les socialistes pour être tête de liste, je leur ai dit qu’il n’était pas question que ma candidature soit de témoignage. Donc, j’y croyais. L’élection, ce n’était pas un hold-up, ce n’était pas une surprise, c’est le fruit d’un travail de longue haleine effectué depuis de nombreuses années sur le terrain. Dans une campagne, il y a toujours des hauts et des bas : on y croyait, on n’y croit plus, on y croit moyennement… La victoire, nous l’avons perçue lorsque, au soir du 1er tour, nous avons fait alliance avec Josiane Fischer et Christian Leblond. Nous avons vu que ça prenait sur le terrain avec un engouement populaire pour cette alliance inédite.


        
P.H : Avec cette alliance centre droit avez-vous été obligé de mettre votre étiquette PS dans la poche ?


        
S.P. : Non, je ne me suis pas caché de mon appartenance au PS. Il y avait des Verts avec nous. Au contraire, nous avons montré la présence de points communs entre nous tous : nous sommes Asniérois, passionnés par notre ville, mobilisés par la même volonté de faire bouger Asnières. C’est ce qui nous a fédéré.


        
P. H. : Ce n’est donc pas une « alliance contre nature » comme l’a dit Manuel Aeschlimann ?


        
S. P. : Pas du tout. La preuve est donnée tous les jours depuis plus de deux mois. Nous avons la même volonté qu’Asnières change, que soit restauré un climat démocratique avec plus de transparence, que les choses s’apaisent. Nous le voulions d’abord de manière séparée puis ensemble pendant la campagne. Cette volonté nous anime aujourd’hui et nous animera pendant les six prochaines années.


        
P.H. : Cependant, n’avez-vous pas bénéficié d’un climat politique empoisonné : les relations exécrables qui perduraient entre M. Aeschlimann et Mme Fischer depuis des années ?


        
S. P. : Le climat était effectivement pourri, c’est certain. Aeschlimann n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même : c’est lui qui est à l’origine de ce climat délétère en mettant la démocratie en berne, en faisant preuve d’un total manque de transparence dans la prise de décision. Forcément, ça a suscité des oppositions à droite comme à gauche, mais surtout des oppositions citoyennes. Des gens de droite ont voté pour nous. Ce n’était même plus une question de gauche ou de droite pour cette élection.


        
P. H. : Comment s’est déroulée la passation des pouvoirs ?


        
S. P. : C’était dans ce bureau qui était encore celui de Manuel Aeschlimann puisqu’il était maire pour quelques jours. L’entretien fut très court : nous avons parlé du déroulé du conseil municipal électif à venir et nous avons abordé un ou deux cas humains. Sans plus. Les bureaux du cabinet étaient vides, les armoires, les tiroirs vidés. « Le bureau est bien rangé » comme m’a précisé Manuel Aeschlimann. En effet, il n’y avait plus rien ! Dans les services non plus ! Nous avons démarré les placards vides.


        
P. H. : Vous n’avez donc pas fait de découvertes, comme des dossiers…


        
S. P. : Ah, je n’ai pas dit ça ! On en découvre tous les jours ! Pour preuve, le conseil du 29 mai où fut examiné le compte administratif 2007 qui, lui, nous a permis de faire justement quelques découvertes. Car les factures, on ne peut pas les faire disparaître ! Ce sont des stylos de luxe, des jeux d’échec achetés par la Ville, sachant que M. Aeschlimann a la passion des échecs, des cartes de carburants pour certains élus. Pour un même véhicule, il y avait une carte essence et une carte gazole ! Nous avons donc découvert un certain nombre de factures et je crains que nos découvertes ne sont pas terminées, malheureusement !


        
P. H. : Concernant les frais d’avocats, de procédures juridiques de la précédente mandature ?


        
S. P. : Justement, pour le budget 2008, nous avons voulu agir de manière symbolique : en réduisant de -250 000 euros les frais d’avocats, en réduisant les frais de communication et de réceptions, les frais de carburant. Bref, réduire toutes les dépenses superflues qui ne touchent pas à la vie quotidienne des Asniérois. Tout en développant de nouveaux services : par exemple, nous avons étendu l’heure d’accueil le soir dans les écoles, les centres de loisirs.


        
P. H. : La ville est endettée, augmenterez-vous les impôts ?


        
S. P. : La ville est l’une des plus endettée de France, nous l’avons dénoncé pendant la campagne. Dans le budget 2008, nous stabiliserons pour la première fois la dette. Elle est de 200 millions d’euros, ce qui est énorme. La situation est assez catastrophique. Nous avons commandité un audit sur la gestion de la Ville dont nous aurons les résultats à la rentrée. A partir de cet audit, nous prendrons les décisions qu’il faut. Ce que je veux, c’est mettre en œuvre notre programme et faire en sorte que les Asniérois aient plaisir à vivre dans leur ville. Il faut améliorer le service rendu, créer davantage d’équipements publics, notamment des crèches et des écoles car nous sommes à un point de saturation. A partir de l’audit, nous verrons où faire des économies, où chercher des financements. Toutes les portes sont ouvertes.


        
P. H. : Demanderez-vous au Conseil Général de vous aider, comme il l’a fait à Villeneuve ou à Colombes pour les quartiers difficiles ?


        
S. P. : Bien sûr. Il y a déjà un gros projet ANRU pour les quartiers Nord. Je n’ai aucun a priori idéologique. J’ai rencontré vendredi dernier Patrick Devedjian pour faire le point sur les dossiers. Je m’adresse donc déjà au président du Conseil régional. Peu importe d’où vient l’argent et qui nous aide à partir du moment où c’est le développement d’Asnières qui en bénéficie. Je n’ai aucun a priori sur le président du Conseil général, bien au contraire ! (A suivre)

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