Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /Oct /2009 17:57
La réaction de Madame Aeschlimann dans l’article publié par le Parisien du 10 octobre 2009 relatif aux produits toxiques contenus dans l’énorme ardoise de 182 millions d’Euros laissée par son époux me laisse perplexe.

Très sûre d’elle, elle y affirme en effet, lorsque, suite à un rapport confié à un cabinet d’audit Finances Actives qui souligne le caractère dangereux et unique pour une ville de détenir 88% de produits structurés dans son encours de dette : « c’est de la politique fiction parce que pour l’instant les taux baissent » et « la dette est certes structurée et complexe, mais elle ne fait pas courir de risque systémique à la ville » I

l est vrai que c’est là un terrain plutôt ardu sur lequel il est périlleux de s’aventurer lorsqu’on ne le maîtrise pas. Il n’y a en effet pas de rapport entre la baisse des taux et les emprunts structurés. Les emprunts structurés – et c’est là précisément le cœur du problème- ne sont pas indexés sur des variables classiques. Pour l’essentiel, les emprunts toxiques se répartissent en trois grandes familles (produits à barrières désactivantes, produits de pente et produits de changes liés à la volatilité des marchés des changes), porteuses de risques différents sans aucun rapport avec les taux monétaires classiques. En gros, les taux sont indexés à des formules complexes de variation (rapports entre des devises comme le Yen, le dollar ou le franc suisse, rapports entre les taux longs et les taux courts…), en fonction de la famille à laquelle ils appartiennent.

Il est parfois difficile en effet d’exprimer en une phrase reprise par un journaliste la quintessence d’une pensée et peut-être dans ce cas l’erreur de Madame Aeschlimann n’est-elle pas due à sa méconnaissance du sujet.

Il n’en reste pas moins qu’il faut alors qu’elle précise son point de vue et son obstination à défendre les produits structurés. Il serait intéressant qu’elle explique de façon plus approfondie en quoi cette pratique « ne fait pas courir de risques systémiques » à la ville, car là, pour le coup, elle exprime une opinion qui n’est partagée par personne. Avoir seule raison contre tous ?

Il suffit pour s’en convaincre de relire l’excellent rapport de Président de la Cour des comptes, Philippe Séguin, publié en 2009, qui propose une législation sur le sujet : « On est donc conduit à s’interroger sur l’intérêt d’une intervention du législateur qui tendrait à limiter, voire interdire, le recours par les collectivités et établissements publics locaux à des contrats dans lequel l’emprunteur achète une bonification du taux d’intérêt – donc une diminution artificielle de ses charges financières – en reportant ces charges dans un futur plus éloigné, au moyen d’un risque d’exposition à des indices ou des valeurs économiques sans lien avec son activité ou son financement » (p.268).

Hier d’ailleurs, la Commission bancaire, autorité de contrôle des banques françaises, a ouvert deux enquêtes sur Dexia crédit local dont une porte précisément sur son rôle dans la commercialisation de "produits toxiques" auprès de collectivités territoriales.

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