SEBASTIEN PIETRASANTA
« Aucun quartier ne doit être oublié »
VP : Près de trois mois après les élections, quel est votre
sentiment ?
SP : On avance doucement mais sûrement.
Les premières mesures symboliques de fonds ont été prises. Il reste beaucoup à faire. Mais je m’aperçois qu’il s’écoule du temps entre le moment où les décisions sont prises et leurs
applications. En la matière, j’avoue que je suis assez impatient et qu’il faut que j’apprenne à faire avec ce décalage.
VP : Quelles sont ces premières mesures qui ont été prises ?
SP : Nous avons voulu d’abord qu’il y
ait de la transparence dans un certain nombre de domaine, je pense notamment à l’attribution des places en crèche, l’attribution des logements et des places dans les structures pour personnes
âgées. Jusque là, tout était géré par le cabinet du maire. Nous avons mis en place des commissions d’attribution avec les partenaires concernés, je pense par exemple aux représentants
d’associations familiales pour les crèches. Ce sera pareil pour le logement et les maisons de retraite. Il faut que soit mis un terme au climat de suspicion.
Ensuite, nous devons restaurer un climat démocratique dans cette ville. Cela passe par exemple par la retransmission des conseils
municipaux, qui au passage seront plus nombreux dans l’année, un par mois au lieu de quatre par an.
Nous renforceront le droit à l’expression de l’opposition, qui aura la même place et la même tribune que la majorité. Là cela va
vraiment changer car lorsque j’étais dans l’opposition, il était fréquent que l’on nous interrompe, que l’on nous coupe les micros.
Certains membres de l’opposition sont déjà venus avec un mégaphone pour pouvoir se faire entendre.
Mais nous ferons aussi respecter le suffrage universel et nous l’appliquerons. Lors du dernier conseil municipal, le couple
Aeschlimann se rende compte qu’il a perdu les élections.
VP : Vous avez aussi changé les missions de la police
municipale ?
SP : Dès la première semaine, j’ai
demandé à la police municipale de renforcer sa présence à pied et à vélo. Je sais que ça n’est pas évident de changer d’un coup les mentalités et la culture. J’insiste sur la mission
d’îlotier.
VP : Vous n’alliez pas la supprimer ?
SP : Non, il n’est pas question de
suppression, je vais plutôt renforcer sa mission car elle a une utilité dans une ville de 85 000 habitants. En tout cas, je ne lui demanderai pas de ramasser les tracts de l’opposition sur
le marché le dimanche.
VP : Quels vont être les grands chantiers prioritaires ?
SP : Nous allons nous appuyer sur les
12 grands engagements sur lesquels nous avons été élus. Il s’agira de faire rayonner la ville. Je veux que l’on parle d’Asnières autrement qu’au travers « d’affaires » ou de démocratie
en berne. Nous voulons développer une politique culturelle de qualité pour tous ainsi qu’une politique économique ambitieuse, de même sur les questions de santé, du handicap.
J’ai la volonté qu’Asnières soit à la pointe dans certains domaines. Avec par exemple un projet que je voudrais voir mis sur pied
dès la rentrée c’est le « busing ». C’est un système américain mis en place pour favoriser la mixité sociale. Par le biais de ramassage scolaire il s’agit de permettre à des enfants de
quartiers défavorisés de venir fréquenter les écoles du centre. Cela existe dans certaines villes en France. Notamment dans la banlieue de Lyon. J’y suis allé la semaine dernière avec Fadela
Amara.
Notre gros défi sera également de répondre à l’évolution démographique de la ville. Beaucoup de jeunes couples viennent
s’installer à Asnières et il y a une forte attente en termes d’équipements public. Pour une ville de 85 000 habitants, il n’y a par exemple, que 900 places en crèches. Ce n’est pas assez. Il
va falloir construire des écoles et des logements sociaux. Avec 16,7 %, la ville ne répond pas encore aux critères de la loi SRU, même si nous n’en sommes pas loin. Le problème c’est qu’Asnières
manque de place. L’idée ce serait de construire de petites unités de logements sociaux et de les répartir dans toute la ville.
VP : Une attention particulière sera portée aux quartiers
nord ?
SP : Bien sûr. Ces quartiers
bénéficient de financement ANRU. Nous allons accompagner la transformation en terme de dynamisme, de propreté, de sécurité. Nous allons créer un espace sportif intergénérationnel. Pendant des
années, ces quartiers ont été oubliés et je sais de quoi je parle, j’y vis encore. On va faire en sorte qu’aucun quartier ne soit oublié.
VP : Vous avez fait équipe avec Josiane Fischer et Christian Leblond, aux
sensibilités politiques différentes. Comment se passe cette coopération ? S’agissait-il seulement d’une alliance de type « tout sauf Aeschlimann » ?
SP : Ce n’était pas une alliance pour
faire une alliance et une révolution de palais. L’objectif était, et reste, de mettre Asnières sur de bons rails. La personnalité de l’ancien maire, la situation économique et politique de la
ville a fait qu’il était impérieusement nécessaire de renverser ce système. Contrairement au couple Aeschlimann qui avait fait d’Asnières sa propriété, je veux en faire une priorité. Nous avons
voulu ne faire qu’un seul groupe de la majorité, mais chacun garde son expression propre. Ce qui est certain c’est que je n’ai renié aucune de mes valeurs et de mes principes.
Nous avons signé un accord sur la base de 12 engagements. Je considère que sur 80 % des choses, les élections locales sont avant
tout une question de bon sens. Je ne dis pas qu’il n’y aura pas de débat au sein de la majorité, il y aura sûrement des points de crispation mais que nous arriverons à résoudre. Pour le moment
tout se passe bien politiquement et humainement.
VP : Parlons de la ligne 13 : vous vous êtes félicités avec Jacques Bourgoin de
l’inauguration de nouvelles stations, vous avez aussi, en commun, alerté sur les conditions de transports des usagers.
SP : On se réjouit effectivement de
l’inauguration de ces deux nouvelles stations qui vont désenclaver les quartiers nord de la ville et le Luth pour Gennevilliers. C’était une nécessité pour le dynamisme de ces quartiers, pour les
habitants et les commerçants. Mais nous sommes inquiets des conditions de transports de ceux que j’appelle les « naufragés de la ligne 13 ». Il faut que le gouvernement se mobilise
financièrement et politiquement. On ne peut se contenter des mesures du STIF et de la RATP. On est loin des enjeux actuels.
Cela ne répond pas à la situation dramatique que vivent les usagers de cette ligne. Ilva vite falloir des mesures urgentes et
choc. Il faut que Nicolas Sarkozy arrête de donner des leçons à Jean-Paul Huchon en matière de transports et que le gouvernement donne l’exemple.
VP : C’était la première fois que les maires de ces deux villes travaillent en
commun, allez-vous poursuivre cette coopération ?
SP : je voudrais d’abord souligner que
la présence de Jacques Bourgoin à l’hôtel de ville au soir de mon élection m’a beaucoup touchée.
Je m’inscris dans un travail commun. Jusque là, le maire d’Asnières avait dû rencontrer le maire de Gennevilliers, une fois en 7
ans. Moi, j’ai déjà rencontré Jacques Bourgoin quatre fois en trois mois.
Une commune à nos deux magazines municipaux. C’est une idée que nous avons eu tous les deux. C’est un symbole qui en dit long sur
notre volonté commune. Cela s’inscrit, pour moi, dans une démarche plus globale pour la création d’une intercommunalité au sein de la boucle nord des Hauts-de-Seine. Mais pour cela je propose que
nous fassions l’inverse de ce qui se trame avec le Grand-Paris.
Travaillons d’abord le contenu, les synergies, les communautés de projets possibles avant la structure qui accompagne. Mais il ne
faudrait pas que cela soit une intercommunalité monocolore.
VP : Vous allez travailler aussi avec d’autres villes du
département ?
SP : Depuis que je suis arrivé, j’ai
pris mon bâton de pèlerin, j’ai vu les maires de Colombes, Bois-Colombes, Clichy. J’ai échangé des informations avec le maire de Villeneuve-la-Garenne et le maire de Courbevoie. Avec ce dernier,
je travaille notamment l’accession à la gare de Bécon-les-Bruyères. Avec tous ces maires, nous avons convenu de nous rencontrer entre élus et responsables de services avant le 14
juillet.