Mercredi 25 avril 2007
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Article de Guillaume David sur Betapolitique
Dans les médias traditionnels, Nicolas Sarkozy a rarement été présenté concrètement comme le chef et l’ami de certains élus auteurs d’atteintes à la démocratie au sein de leur fief local, notamment en matière de communication avec leurs administrés. Des pratiques qui ressemblent de très près à celles utilisées par le candidat UMP.
A l’heure où les médias français sont de plus en plus concentrés au sein de grands groupes industriels, Nicolas Sarkozy a placé la communication au cœur de sa stratégie politique. Il a non seulement su établir un réseau impressionnant de relations d’amitié avec les propriétaires des grands groupes de médias (Martin Bouygues, propriétaire de TF1 ; Arnaud Lagardère, propriétaire du groupe de presse Filipacchi, qui détient notamment Elle, Le JDD, et Paris Match, ainsi que la radio Europe 1 ; Serge Dassault, propriétaire du Figaro) et de nombreux directeurs de rédaction (Nicolas Beytout, directeur de la rédaction du « Figaro », Jean-Marie Colombani directeur du « Monde », Jean-Claude Dassier, directeur de LCI, etc.) mais il a aussi développé un véritable système de communication afin de véhiculer sa politique comme il l’entend. On connait donc l’influence qu’a le candidat UMP sur les médias, et on l’accuse même de verrouiller des informations compromettantes, de pratiquer la censure, d’exercer des pressions sur les journalistes, de truquer les statistiques et d’avoir trop souvent pour lui des médias complaisants. De nombreux témoignages de journalistes ou de personnalités proches de ceux qui l’ont interrogé, comme celui de l’acteur Philippe Torreton (cf. émission « en aparté », sur Canal + le 15 février 2007), proche de la présentatrice du journal de TF1 Claire Chazal vont dans ce sens.
Ce que l’on sait moins, c’est que les pratiques dont on accuse Nicolas Sarkozy sont aussi monnaie courante dans certains fiefs détenus par des élus UMP, amis proches du candidat, notamment dans certaines communes des Hauts-de-Seine, département dont Nicolas Sarkozy est aussi le président. Ainsi, à Levallois-Perret, à Asnières-sur-Seine, à Puteaux, et dans d’autres villes encore, les élus locaux ont eux aussi placé la communication au cœur de leur stratégie politique, mais, du fait que leur action n’est pas sous la couverture des médias nationaux, ils sont allés très loin dans les excès, comme en témoignent les nombreux sites et blogs contestataires qui ont été lancés (MonPuteaux.com, Asnierois.org ou encore Levallois.tv et bien d’autres encore), en général par de simples citoyens, voire des élus d’opposition, afin de dénoncer les dérives d’un même système aux multiples facettes.
De quelles dérives s’agit-il ? On peut constater tout d’abord le détournement des moyens publics à des fins de politiques ou personnelles. A Puteaux par exemple, on peut compter dans le journal municipal en moyenne une vingtaine de photos de la maire Joelle Ceccaldi-Reynaud, suppléante de Nicolas Sarkozy à l’Assemblée Nationale (cf. MonPuteaux.com, décembre 2006, « Le mensonge écologique de « Puteaux Infos » »). A Asnières-sur-Seine, le maire Manuel Aeschlimann, conseiller pour l’opinion publique de Nicolas Sarkozy, ne cache pas ses pulsions exhibitionnistes : « je me déplace sur le terrain, il faut que ça se voit » (cf. L’Expansion de mars 2006, « Fièvre éditoriale chez les élus »). Par ailleurs, il s’attribue à lui et à son équipe les rénovations des lycées et collèges, ou le prolongement du métro, ou encore la rénovation du château de la ville, alors que ces activités ont été entièrement ou très fortement subventionnées par le département ou la région.
Des moyens financiers phénoménaux
Il faut dire que ces élus sont souvent à la tête d’un véritable groupe de presse local. On dénombre six revues en plus du mensuel Asnières-Infos à Asnières-sur-Seine. Le maire ne cache pas d’ailleurs qu’il consacre environ 500 000 Euros par an à la communication, soit « à peine 0.48% du budget total de la ville » selon lui (cf. L’Expansion de mars 2006, « Fièvre éditoriale chez les élus »), ce qui est pourtant déjà considérable. A Puteaux, commune de 40 000 habitants, le service communication de la mairie emploie 25 personnes, (journalistes, maquettistes, graphistes, photographes, webmestres, afficheurs, imprimeur municipal et prestataires), le cout des communications, dépassant plus d’un million d’Euros par an, rien que pour l’impression et la distribution… le tout aux frais du contribuable local !
Mais outre la propagande, ces moyens de com exorbitants sont aussi consacrés à des fins plus douteuses, en particulier pour régler des comptes avec certains opposants. A Puteaux encore, en septembre 2006, Joëlle Ceccaldi-Raynaud et Charles Ceccaldi-Raynaud, la maire de la ville et son père ancien maire déchu par sa fille en 2004, ont été condamnés par le tribunal de Nanterre pour diffamation à l’encontre de Christophe Grébert, l’auteur du site contestataire local monputeaux.com. Ils avaient en effet tenté de museler le jeune opposant en orchestrant une odieuse campagne diffamatoire contre lui, l’accusant publiquement de pédophilie, en reproduisant sur le blog de la ville une lettre accusatrice qu’ils avaient envoyée au préfet. Ils ont été condamné en première instance pour diffamation et à payer une somme totale de 8 000 Euros, le tout (les frais de justices d’un montant de 27 000 Euros à rajouter !) aux frais du contribuable putéolien (cf. le récit intégral de Christophe Grébert sur son blog).
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